
Il avait retrouvé son Saib-chéri-d’amour. Enfin. Mais il n’était pas seul. Carrément pas seul même.
Il était entouré de tellement de gens qu’on aurait pu estimer qu’il avait levé, en douce, sa propre armée d’humain pour envahir le monde.
‘Ça c’est un mâle… un vrai !’ pensait John. ‘Il sera notre Roi, je serai sa Reine, et nous pourrons enfin vivre notre amour au grand jour, sans plus jamais de jugement, sans plus jamais de mensonges. Nous récrierons toutes les lois afin de les rendre à notre image. Puisqu’il ne parle pas, je tirerai les ficelles dans l’ombre, comme toute Reine digne de ce nom se doit de le faire. Et nous conquerrons le monde… Nous effacerons les Dragons de la mémoire collective, et y inscrirons les Loups. Nulle écaille n’égalera jamais la douceur de la fourrure.’
Saib et son armée avançaient lentement vers John. Et plus ils approchaient, plus John était mal à l’aise. Pour plusieurs raisons.
Déjà, les soldats n’avaient ni arme, ni armure.
Ensuite, ils n’en avaient pas besoin, vu l’odeur pestilentielle qu’ils apportaient avec eux.
John pensa que l’odeur était accompagnée d’un monceau de cadavres, ennemis morts au combat qu’ils portaient haut et fort comme autant d’oriflammes à la gloire de leur puissance. Mais une fois à réelle portée de vue, il comprit.
Les soldats n’étaient protégés de leurs adversaires que par leur odeur de mort. D’ailleurs, les soldats accompagnaient plus l’odeur qu’elle ne les accompagnait. Ils étaient le monceau de cadavres, de corps en putréfaction, qui amenait l’odeur. Ils étaient déjà morts. Mais ils bougeaient encore.
Lorsque Saib arriva à sa hauteur et s’assit, fier, la queue remuant, face à son maître, deux de ses soldats se placèrent à ses côtés. Un homme et une femme. Lui, plutôt massif, de longs cheveux blancs tombant jusqu’à la taille, mais ne commençant qu’au niveau de ses oreilles, le reste de son crâne lisse brillant au soleil, la mine renfrognée et fermée, Elle, plus petite, les cheveux noirs hirsutes, le regard vide et la gorge à demi tranchée, empêchant la tête de tenir convenablement sur les épaules.
A eux trois, ils représentaient une bonne moitié de l’odeur totale.
‘Je rêve où ils sont tous… ?
– Morts ? Y sont tous quasi-mort. Mais encore vivants. A part moi. Moi et Gunther en fait. Mais comme y passe son temps à chier derrière tous les arbres qu’on croise et qu’on vient d’traverser une forêt imaginez bien qu’y laisse reposer son sphincter un peu.
– Saib ?! Tu parles ?! Mes rêves deviennent réalité !
– Ha non, le clebs y parle toujours pas m’sieur. Et elle non plus d’ailleurs’ fit l’homme en montrant la femme du pouce ‘En même temps vu son état, j’s’rais pas bien surpris si j’étais vous. Plutôt si elle parlait encore en fait.
– Et vous êtes ?
– Bah, vivant, déjà. Pour l’moment en tous cas. On y passera tous un jour ceci-dit, hein.
– Non mais, vous avez un nom ?
– Ha ça, oui. Elle, elle m’appelle ‘Reuuuuuu’. En même temps elle appelle tout l’monde comme ça. J’pense bien qu’c’est l’seul son qu’arrive à sortir d’sa gorge en fait. Mais moi, tout l’monde m’appelle Papinours.
– Mais si vous n’êtes pas mort, que faites-vous avec eux ? Et que fait mon Loup avec vous tous ?
– Ha ben en fait, vot’… ‘loup’, c’est comme Gunther et moi. Y s’est fait adopter par les quasi-morts-vivants là. Rapport à l’odeur, v’voyez. Y croient qu’on est des leurs. Enfin, plutôt, y nous prennent pour leurs Dieux. Rapport à qu’la nôt’, d’odeur, c’t’un peu une ode à la cruauté.’

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