La Plume et le Billot

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Halloween 2022 : Je lance un jeu avec ma commu twitch/discord, où chaque participant doit me donner 3 mots qui pour lui représentent le mieux Halloween. Puis je dois concevoir une histoire à partir de là et j’envisage de la lire en live twitch le soir d’Halloween. Plus l’écriture avance, plus je me dis que je pourrais relier le texte à certaines légendes Irlandaises. C’est là que tout prend forme.
Chapître 6: Malsain, Irrationnel, Mort.

‘Jamais jusqu’à ce jour, je n’ai pu entendre femmes et enfants se plaindre sans aller à leur secours.’
Les cinquante reines vinrent me barrer le chemin. La prophétie avait donc atteint jusqu’à leurs oreilles.
J’entendais nos ennemis chanter, m’appelant à venir les affronter, arguant de mes prouesses au combat et menaçant de trépas les campagnes.
Lors je mis mon costume de guerre, mais la broche de mon manteau glissant de mes mains me blessa le pied.

Gris de Macha, mon destrier, recula par trois fois lorsque j’approchais mon char. La veille, Morrigan l’avait brisé, cherchant à m’empêcher de prendre part au combat. Je lui chuchotai à l’oreille :
‘Ton habitude, ô Gris de Macha, n’est pas de me fuir par ce mouvement sinistre’
Alors il se calma et s’approcha, non sans laisser tomber sur ses pattes avant deux larmes de sang.
Je sautai sur mon char, et mon cocher nous dirigea vers les Porte de la Ville.
Toutes les femmes de la cité surgirent alors chantant en chœur que ma mort les rendrait inconsolables, que la plainte de ma perte ne prendrait jamais fin.
Mon cocher les contourna, leur complainte se changeant en un hurlement à glacer les sangs.

Sur la route, trois vieilles femmes près d’un foyer de fortune, faisant cuire un animal à l’air malsain, m’invitèrent à goûter leur met. Ce que je fis, obligé par l’une des malédictions qui m’afflige de ne pouvoir refuser un repas.
De la main gauche je pris la moitié de l’animal que me tendait l’une d’elles, en mangeant une bouchée et cachant le reste sous ma cuisse gauche.
‘Du chien… assaisonné de poison…’
Cette triplette à la solde de l’ennemi connaissait donc mes faiblesses. Une autre malédiction m’interdisait la chair de chien, car celui de Culann m’avait valu mon nom. Le poison seul n’aurait pu percer mes défenses divines.
Je sentis la faiblesse engourdir mon côté gauche. Sous les rires des vieilles, nous reprîmes la route.

Arrivés sur le champ de bataille, les armées combattaient. Nous loin de nous, deux guerriers s’entretuaient, un sorcier tentant de les espacer. Il accourut vers moi, me sommant de séparer les deux hommes. Sentant le piège, j’intervins en brisant leurs deux crânes l’un contre l’autre.
‘C’est ainsi que tu sépares de braves guerriers, Héros ? Donne-moi ton Javelot Divin, ou je lance une malédiction sur l’armée de tes adversaires, et tu pourras dire adieu à l’honneur dont tu te bragues. 
– Je n’ai peut-être longtemps à vivre, mais ils ne seront pas maudits aujourd’hui.’
Je lui lançais mon javelot manche en avant, en cours de vol son instinct irrationnel pris le dessus, il se retourna, traversa la tête du sorcier, et derrière-lui neuf hommes.
Je remontais sur le char et partis combattre un peu plus loin. Tous tombaient sous ma lame. Le Roi de l’armée ennemie ramassa le Javelot, car sa légende raconte qu’il tuerait un Roi, et le lança en ma direction.
Gris de Macha, voulant faire mentir la prophétie, se plaça entre nous, mais le javelot nous frappa mortellement tous deux.
Tandis que mes entrailles se déversaient par la blessure béante, Gris de Macha et moi continuions d’abattre nos adversaires à tours de bras et de sabots.
Je sentais mes forces m’abandonner complètement, mais je ne voulais mourir ni assis, ni couché. A l’aide de ma ceinture, je m’attachais à la haute-pierre de la plaine, qu’elle m’aide à rester debout, pendant que Gris de Macha repoussait nos ennemis de ses ruades.

Ils n’osaient plus m’approcher, effrayés à l’idée que même mourant je vaille plus que leur armée entière. Gris de Macha stoppa ses ruades. Il me jeta un regard enflé de peine, puis partit pour disparaitre au loin. Lorsqu’une plume noire la caressa, ma main droite lâcha son épée, devenue bien trop lourde. Levant la tête je vis sur mon épaule un corbeau dont le regard se fixait dans le mien. Un second se perchait sur mon autre épaule, et un troisième sur ma tête.
Morrigan… Je le savais… La sentais… Je compris alors pourquoi… elle avait tenté de m’empêcher de combattre. C’était à elle… qu’il était échu de m’accompagner dans mes derniers instants. D’être la dernière chose… que je verrai.
D’attendre… à cette dernière Samhain… avec moi… la mort…