Game of Snows – X

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‘Micheline Terrine ? C’est toi ?  Bordel de merde à queue d’nouille ! Ca fait plaisir d’te voir, hamdoulilah !

– Reuuuuuu…’ fit Micheline en avançant vers Fergryd, les bras devant comme pour l’y prendre dedans.

Une main osseuse aux doigts pleins de bagues se posa sur la tête de Micheline et lui attrapa les cheveux pour la maintenir éloignée de Fergryd. Tandis que le corps continuait d’avancer, sa gorge fit un son horrible lorsqu’elle se déchira un peu plus sous les pressions opposées entre la tête et le buste.

‘Dame, l’est pas très câlin celle-ci, faudrait voir à vous méfier s’vous l’avez connue avant. L’a changé pas mal depuis sa quasi-mort.

– Sa… quoi ?

– Je crains qu’il soit bien plus utile pour nous tous de laisser Gunther expliquer à Fergryd ce qui ne passe, ne pensez-vous pas, Papinours ?

– John ? Comment ça, Papinours ? Et Gunther, c’qui ? Et est-ce qu’ton clebs peut arrêter d’me baver sur la cuisse avant qu’j’le marave ? ET C’EST QUOI C’TE PUTAIN D’ODEUR, BORDEL ?!’

Le regard triste, comme s’il avait compris, Saib s’éloigna de Fergryd, et alla se coucher en boule aux pieds de son maître. Ce dernier lui tapota délicatement la croupe en remuant la queue dans ses braies.

La deuxième main osseuse et à bagues de l’homme qui avait retenu Micheline se tendit vers Fergryd, qui la lui serra par réflexe.

‘Si vous m’en donnez la permission, je vais vous expliquer ce qui se passe…’

Il jeta un coup d’œil vers Papinours, John et Saib.

‘En privé, si cela ne dérange personne.’

Sa voix était calme et profonde, posée, mais ne laissant aucune place au refus. Les trois… ‘hommes’ emmenèrent Micheline un peu plus loin.

Carrément plus loin, en fait, au milieu des autres quasi-morts.

‘Là. Personne ne nous entendra. Cela risque d’être un peu long et compliqué, mais je vais faire l’effort d’utiliser des mots simples pour vous. Arrêtez-moi dès que vous ne comprenez pas quelque chose, d’accord ?

– D… D’accord.

– Toi, Fergryd. Moi Gunther. Toi contente ?

– Ouais alors, moins simpliste hein, ou bismillah j’te coupe en deux.

– J’en doute, mais soit, si ça peut te faire plaisir. Je m’appelle Gunther, et je suis cette étrange armée depuis qu’elle a commencé à se former. La légende que radote Papinours, c’est que les quasi-morts m’ont adopté parce qu’ils m’ont pris pour un Dieu à cause de mon odeur. En fait c’est ce que je lui raconte depuis le début, son petit cerveau l’a enfin assimilé. Un peu en biais, j’avoue.’

‘Nous savons tous les deux que je n’ai aucune odeur. Ce qui explique pourquoi je te suis aussi depuis toujours sans que tu ne t’en sois aperçue.

– Tu m’suis d’puis toujours ? Ha ouais ?

– Peut-être pas depuis toujours, toujours, mais depuis suffisamment longtemps pour savoir que si tu ne m’as pas encore coupé la parole, c’est parce que tu es curieuse et que tu as un sacré doute sur ce qui se passe.

Tu peux garder un secret ?

– Bien sûr, hamdoulila !

– Je n’ai aucune odeur, je ne suis pas un quasi-mort, et je peux en retenir une affamée d’une main parce que ? Parce que je ? Parce que je suis ?

– T’vas la chier ta chiasse ? C’pas qu’ça commence à m’emmerder, mais j’ai plus important à faire, genre… aller r’froidir d’la neige.

– Tu arrives à être encore moins drôle que la Descendante. Et ce n’est pas peu dire… Donc tout ça, parce que… je… suis… un Démon ! TINLIN !

J’aurais adoré apprendre à rouler du tambour pour faire un effet dramatique, malheureusement je ne sais pas en jouer. Pi j’en ai pas en plus.’

‘Crainri un Démon ? Mais un Démon Démon, ou un Démon Diablotin ?

– Ha oui donc parce que j’ai une tête de diablotin ? J’ai la peau grise, des petits yeux de fouine, des oreilles pointues et des poils qui en sortent, genre un chat croisé avec un rat croisé avec un ornithorynque ?

– Bah, j’vois pas bien c’que c’est un ornitomachin-là, mais c’vrai qu’pour l’reste, ça colle pas trop. C’la-dit pour moi les Démons c’plutôt des machins d’deux mètres trente, au moins, avec des cornes, des ailes, et des yeux qui lancent des flammes…

– Et une longue queue…

– Bismillah ouais, surtout la longue queue !

– Fourchue.

– Ha oui, oui, ça aussi.’

Un voile de timidité s’était abattu sur les yeux de Fergryd, et quelques petites étincelles laissaient aisément imaginer ce à quoi elle pensait de manière subite. Et dans subite, il y a ‘su’.

Même une fille de petite vertu aurait rougi des images qui habitaient les idées de la Sauvageonnasse.

‘Tout ça pour dire qu’ça r’ssemble pas trop non plus.

– J’arpente le Royaume sous forme humaine. Ça vaut mieux. Les gens pourraient être un chouia… ‘surpris’ de croiser un Démon du genre de ceux que tu viens de décrire, non ?

– Bah, suffirait d’les grailler s’y chougnent. Moi c’c’que j’f’rais !

– Peut-être, mais le Démon, c’est moi. Le Roi-Démon, d’ailleurs. Les légendes des Sauvageons ne parlent pas souvent de Démons hein ?

– Non, c’vrai !

– C’est bien la preuve qu’on reste discret. Tu arrives à imaginer une entité dont tes légendes ne parlent même pas. Y’a pas plus discret que nous.’

Gunther-le-Roi-Démon s’était assis sur l’herbe gelée par la neige à demi fondue, et Fergryd avait pu entendre des craquements se faisant. Elle était pourtant incapable de déterminer s’il s’agissait des brins d’herbe se cassant sous le poids de l’homme, ou des os de ce qui ressemblait presque à un cadavre ambulant.

‘Mais, sinon, qu’est-c’qu’un Démon vient faire par ici ? Y reste plus grand-chose.

– Il reste tout ce pour quoi je suis là. Ma mission est bientôt terminée ceci-dit. J’ai aidé la Descendante à reprendre ce qui lui était dû, et à faire de son Fils Celui qu’il devait être. J’ai aidé l’Armée Quamovi, l’Armée des Quasi-Morts-Vivants, à se lever, se forger, et se mettre en route vers le Destin. Techniquement, le reste n’est plus de mon ressort. Enfin presque.

– C’t’à-dire ?

– Il reste toi. Et ce que tu vas devenir. Ce que tu vas choisir de devenir. Je sais très bien, contrairement aux autres à qui tu le caches depuis que tu les connais, que tu te teins les cheveux en noir, mais qu’en réalité ils sont rouges. Et tu sais ce que cela signifie ?

– Qu’si John l’savait, il pass’rait son temps à essayer d’me pécho ?

– … De mon point de vue à moi, c’est pas vraiment le plus important, mais je peux imaginer ton appréhension. Surtout maintenant que je sais qu’il ne caresse pas son clebs bizarre que là où il a des poils. Et je crois qu’il aimerait bien que le chien lui mette sa deuxième queue là où le soleil ne brille jamais.

– Et donc y’a plus important qu’ça en fait ?

– C’est vrai qu’il y a de quoi douter, mais oui. Tu sais pourquoi vos Légendes ne parlent jamais de Démons, mais ont un nom à part pour les gens comme toi, les Roussis ? C’est tout simplement parce qu’à leur mort, les Roussis, deviennent tous des Démons.

– Et les blonds et les bruns d’viennent des Anges ?

– Des Anges ?! Ça n’existe pas ma puce.’