Game of Snows – IV

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‘Le vent, la pluie, la neige, le froid, la nuit, la glace… Cette infâme météo est d’une insolence crasse.

Comme s’il ne m’eut pas suffi de vivre en compagnie de cette sauvageonne, désarçonné chaque seconde par son parler et ses manières tatillonnes, me voici tout aussi puni par mes Dieux via ces tempêtes qui résonnent

Qu’ai-je donc fait pour mériter tel traitement divin ? Et, par mes Grands Dieux, où est-donc passé ce chien ?’

Lassé de devoir se forcer un langage moins châtié en présence de Fergryd, John se laissait aller à son véritable lui-même dès qu’il se trouvait seul.

Lui qui avait, depuis toujours, espéré rejoindre la haute société, avait eu l’herbe sous le pied coupée par son statut de bâtard.

Malheureusement pour lui, c’était un bâtard bien particulier. Autant tout le monde avait connaissance de sa mère, autant pour son père, personne n’était au courant. On savait juste que ce n’était pas un Sauvageon.

Des rumeurs indigentes parlaient d’un Haut-Seigneur du Royaume qui se serait aventuré à côtoyer de la Sauvageonne lors de parties fines.

Alors John avait commencé très tôt à rêver, rêver que l’on pouvait s’aimer, au souffle du vent, entre Sauvageons et Nobliaux, et qu’un jour son père, son véritable géniteur, viendrait, tel un Dieu, le sauver du marasme dans lequel il nageait depuis toujours, parmi les Sauvageons.

Lui, qui s’était toujours senti à part, n’avait eu de cesse de s’y conforter. Il ne s’était acoquiné qu’avec des rouquines et rouquins, tous ces êtres ‘embrassés par le Dieu du Feu’, les Roussis, comme les nommait leur peuple, les plaçant, tels des élus, au-dessus des autres. Ce n’était pas ça qui l’attirait, lui, chez eux.

Le premier Roussi avec lequel il s’était acoquiné avait dix ans, lui huit. Tout lui plaisait chez lui, de sa longue chevelure hirsute, parfois bordée de boucles noires ou dorées, à ses bras finement ouvragés par le travail des champs. C’était le côté bête sauvage du Roussi qui l’interpelait.

John pouvait passer des heures à l’observer travailler, dormir, se laver. Tout l’excitait.

Mais ce qui lui plaisait, à lui, surtout…

Surtout…

C’était l’odeur.

Il trouvait l’odeur corporelle des Roussis enivrante. Surtout après un effort. Ou sous la pluie. Principalement sous la pluie.

Cette odeur d’animal trempé… de chien mouillé… C’était ça qui l’excitait réellement.

Et il n’y avait que chez les Roussis qu’il pouvait retrouver ce parfum qu’il aimait tant, tout en semblant ‘normal’ aux yeux des autres.

Oui, car lorsqu’il n’y avait aucun ‘autre’ à portée, il pouvait se comporter comme sa nature l’incitait à le faire, et ne s’attarder que sur la véritable source de son désir…

Enfin…

‘Saib ?! Saib ?! Où es-tu mon cœur ?’